Garder le Cap

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Les acquis et l’impact du Regroupement québécois de recherche partenariale en économie sociale (RQRP-ÉS)

La connaissance de l’économie sociale en 2012 est totalement différente de ce qu’elle était au début des années 2000. Nous avons grandement contribué à transformer l’image sectorielle et territoriale de l’économie sociale non seulement au Québec, mais aussi au Canada et dans le monde (principalement en Europe et en Amérique latine).

Notre contribution à une meilleure connaissance de l’importance de cette économie a grandement profité de deux financements que nous avons obtenus du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH). Ces subventions ont permis la création du Réseau québécois de recherche partenariale en économie sociale (RQRP-ÉS), que j’ai eu la chance de codiriger avec Nancy Neamtan, présidente directrice générale du Chantier de l’économie sociale.

De 2005 à 2011, notre réseau a regroupé une quarantaine de chercheurs provenant de la majorité des universités québécoises. Ce partenariat nous a permis de travailler de concert avec une trentaine de praticiens et d’impliquer une vingtaine d’étudiants par année. Notre réseau était affilié au Centre canadien de recherche partenariale en économie sociale.

En mots simples, que pouvons-nous dire sur nos réalisations ? Elles ont permis de mieux comprendre ce qu’est la recherche partenariale pour en faire la promotion dans les milieux universitaires. Elles ont aussi et surtout permis de démontrer l’importance de l’économie sociale pour le développement de la société québécoise.

En travaillant avec les acteurs de cette économie, nous avons été en mesure de répondre à leurs besoins en matière de développement de nouvelles connaissances. Ces dernières les ont aidé à faire reconnaître l’importance de leur secteur, de leur travail, des impacts générés par leurs interventions et aussi à appuyer la conception de dispositifs, de mécanismes ou d’outils de gestion.

Concrètement, notre travail a joué un rôle parfois mineur, souvent majeur, dans l’émergence de nouveaux projets. À titre indicatif, mentionnons l’appui que nous avons apporté au développement du Technopôle Angus, à la création de la Fiducie du Chantier de l’économie sociale, au Bureau de l’économie sociale de la Ville de Montréal et à sa politique publique « Partenariat en économie sociale », ou encore à la conception du Portail québécois d’économie sociale. Enfin, citons le développement du modèle d’intervention qu’est l’Incubateur universitaire Parole d’excluEs, lequel est rattaché depuis 2011 au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES).

Quand je parle du travail que nous avons fait pour comprendre le recherche partenariale, cela signifie qu’il nous a fallu analyser et décortiquer nos méthodes de travail. Dès 2005, nous avons mandaté une petite équipe composée de chercheurs et d’acteurs de l’économie sociale pour comprendre les particularités, les conditions, les forces, mais aussi les limites de cette façon de coproduire des connaissances. Pour caractériser cette méthode, nous avons conçu deux guides et nous avons réalisé À la croisée des savoirs, un document vidéo. (Les guides et le documentaire vidéo ont été produits en langues française et anglaise.)

Sur les limites et les enjeux de la recherche partenariale, les questions soulevées par Ian MacPherson et Mike Toye dans « Stay the Course » sont très pertinentes. Nous sommes d’accord avec les nombreuses difficultés qui pavent le chemin du travail de recherche fait en collaboration. Mélanger des cultures différentes n’est pas évident.

Effectivement, tant les chercheurs que les praticiens se retrouvent dans des environnements compétitifs. Nos organisations exigent l’atteinte de résultats qui ne sont pas toujours convergents : trouver des solutions concrètes du côté des acteurs sociaux, produire des connaissances abstraites du côté des chercheurs.

Toutefois, nous ne partageons pas leur avis sur la limite centrale qu’ils ont identifiée. Nous n’avons pas perçu de grande difficulté à intégrer la recherche partenariale dans les activités courantes du métier de chercheur. En fait, l’enjeu central que nous avons rencontré portait plus sur les limites dans l’accompagnement post-recherche que peuvent effectuer des chercheurs et des étudiants. Notre travail permettait certes la coproduction de connaissances, mais il permettait peu ou pas de faire un suivi pour aider les acteurs dans l’application de ces dernières. En fait, nous coréalisions une partie du travail alors que les acteurs auraient souvent voulu continuer l’activité de recherche sous la forme d’un accompagnement structuré pour les aider à valoriser les connaissances coproduites.

« Garder le cap », pour nous du milieu universitaire, signifie être en mesure de répondre au besoin de conduire des recherches permettant le production de connaissances fondamentales tout en étant en mesure de faire des recherches action participative qui puissent conduire à la réalisation de recherches intervention, c’est-à-dire de projets partenariaux qui combinent recherche participative et accompagnement dans des modalités de transfert permettant le développement de bilans historiques, d’évaluations habilitantes et d’activités de planification stratégique.

Also available in English.



Jean-Marc Fontan est professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), spécialisé dans le domaine de l’anthropologie économique et de la sociologie du développement. Ses travaux au sein du Centre de recherche sur les innovations sociales sont principalement liés à l’étude des modalités de développement socioéconomique et socioculturel en milieu métropolitain montréalais. Il est le Coordonnateur de l’Incubateur universitaire Parole d’excluEs.

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